Des objets volés lors des pillages du 17 octobre ont été remis en vente sur Vinted et Leboncoin dans les heures suivantes. Le gouvernement réunit les plateformes, qui présentent leurs dispositifs de modération.

Policiers et fourgons positionnés devant un commerce au rideau baissé, en marge des mobilisations du 17 octobre. © frzubtsov / Shutterstock
Policiers et fourgons positionnés devant un commerce au rideau baissé, en marge des mobilisations du 17 octobre. © frzubtsov / Shutterstock

La revente d'objets volés lors des pillages du 17 octobre 2026, qui auraient touché plus de 2 000 commerces selon une estimation de CCI France, n'a pas traîné puisque dès le soir même, des annonces suspectes s'affichaient sur Vinted et Leboncoin. Produits de beauté bradés, discussions déplacées sur Snapchat, acheteurs qui réclament leur part sans se cacher : un petit marché parallèle s'est monté en quelques heures. Sommées de s'expliquer, les plateformes mettent en avant leurs contrôles et leurs modérateurs, tandis que le gouvernement promet que les revendeurs ne s'en tireront pas à si bon compte.

Des objets volés lors des pillages du 17 octobre bradés en ligne, l'État hausse le ton

Sur les captures d'écran partagées depuis les débordements qui ont émaillé les manifestations contre la vie chère, l'inventaire est parfois comparable à un rayon de grand magasin. Des vêtements, maquillage et parfums y étaient proposés à prix sacrifiés sur Vinted ou Leboncoin, a notamment rapporté franceinfo, et certaines annonces affichaient sans complexe la date du 17 octobre. L'une vantait ainsi du « maquillage du 17 octobre pas cher », tandis qu'un internaute dénonçait sur les réseaux sociaux une offre de « Pull volé pendant la manif ». Prudence toutefois, car rien ne prouve que chaque annonce relayée sur les réseaux concerne réellement des objets pillés.

Pour boucler la transaction loin des modérateurs, de nombreux vendeurs ont invité à poursuivre la discussion sur Snapchat. Et l'offre ne manquait pas de preneurs ce week-end. Des acheteurs ont publié leurs propres annonces pour solliciter directement les pillards. Lundi, ces annonces s'étaient volatilisées, sans qu'on sache si Vinted ou leurs auteurs avaient fait le ménage. La plateforme assure que ses équipes ont « agi immédiatement pour identifier et supprimer les annonces susceptibles de concerner des biens volés », au nom d'une « tolérance zéro ». Les comptes fautifs risquent jusqu'au « bannissement définitif ».

L'affaire est remontée jusqu'au gouvernement. Lundi après-midi, Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l'IA et du Numérique, a annoncé réunir les plateformes concernées avec Serge Papin, ministre des PME et du Commerce, en présence de représentants des ministères de l'Intérieur et de la Justice. « De tels comportements ne resteront pas impunis. Nous ne laisserons pas passer », prévient-elle. Elle exige que les annonces soient retirées « sans délai », et que les plateformes collaborent « étroitement » avec l'État pour que les revendeurs soient poursuivis. En fin de journée, la ministre est allée plus loin en annonçant réunir dès mardi matin les représentants des principales plateformes de réseaux sociaux, afin de « faire le point sur la situation et définir ensemble les actions à engager ». Dans la journée, Jordan Bardella et Gabriel Attal avaient eux aussi plaidé pour une coopération accrue entre l'État et les sites de revente.

Contrôles automatisés et modérateurs, ce qui est mis en place par les plateformes

Contacté par Clubic, Leboncoin a livré la réponse la plus détaillée, en rappelant que la lutte contre les activités illicites fait partie de ses « priorités absolues ». Selon la plateforme, « 100 % des annonces déposées sur leboncoin font l'objet de contrôles automatisés avant leur mise en ligne ». Autrement dit, aucune annonce n'apparaît sans être d'abord passée au crible par une machine. Des modérateurs prennent ensuite le relais pour examiner les signalements, que chacun peut faire depuis le site ou l'application. Ceux qui sont conformes aux exigences légales sont traités « dans un délai maximum de 48 heures ». À la clé, l'annonce peut être supprimée, voire le compte bloqué.

Personne n'ose ou ne peut encore donner de chiffres détaillés. Leboncoin dit ne pas disposer « de données consolidées permettant d'établir une hausse du nombre d'annonces litigieuses ou une évolution des prix » liée aux 17 et 18 octobre, et eBay « n'est pas en mesure de confirmer une hausse ». Le site américain met en avant ses « outils technologiques », épaulés par des contrôles manuels, ainsi qu'une équipe spécialisée et un portail réservé aux forces de l'ordre. Il promet un retrait immédiat dès que la police confirme un vol, avec des sanctions qui peuvent aller jusqu'à la suspension définitive du compte.

Aucune des trois plateformes ne donne encore trop de détails. Toutes promettent en revanche de coopérer avec les autorités, Leboncoin évoquant même un service dédié aux réquisitions judiciaires et administratives. Pour les internautes, il est toujours bon de savoir que la revente d'objets volés constitue un recel, un délit passible de cinq ans de prison et de 375 000 euros d'amende. Un parfum neuf, encore emballé, cédé à prix cassé ces jours-ci mérite plutôt un signalement qu'un clic sur « acheter ».